Histoire du KettleBell

by Alexey

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Il existe plusieurs théories sur les origines du Kettlebell. Nous vous proposons celle qui nous paraît la plus crédible. Selon elle, le Kettlebell tire sa forme et sa matière des boulets de canon.

Kettlebell et les boulets de canon

En effet, à partir du XVème siècle l’artillerie s’est fortement développée en Europe et surtout en Russie. D’ailleurs, l’armée russe était la première au monde où l’artillerie s’est détachée de l’infanterie pour devenir une arme à part entière. C’était l’époque d’Ivan Le Terrible…

Le "Tsar des Canons"

Les responsables militaires et les fabricants ont vite compris la nécessité de standardiser la production des canons selon un petit nombre de calibres. A partir de là, les boulets ont commencé à être fabriqués par les ateliers agréés et uniquement dans les tailles déterminées.

Qui dit la même forme, la même taille et la même matière (la fonte), dit le même poids. Il n’en fallut pas plus pour que les boulets de canon, omniprésents en Russie à l’époque, commencent à être utilisés dans les marchés et les foires pour peser les différentes marchandises sur les grands balanciers.

Au fil du temps, pour faciliter la manipulation on y a rajouté une poignée soit en forme d’anneau passant dans un œillet, soit en forme d’anse ce qui a donné le Kettlebell qu’on connaît aujourd’hui. D’ailleurs, le mot Guirya (Гиря, russe pour Kettlebell) désigne encore aujourd’hui dans la langue russe l’outil sportif et le poids utilisé pour peser ou calibrer les balances, sans distinction.

Les vieux Kettlebells

Mais qu’est-ce qu’un marché si ce n’est un grand rassemblement d’hommes ? Ces hommes qui ne peuvent se passer de se lancer des défis et de comparer leurs prouesses physiques ? Le Kettlebell, un objet compact et lourd était tout désigné pour être un étalon de mesure de al force.

Kettlebell et les fêtes populaires en Russie

Très vite le Kettlebell est devenu une partie intégrante des fêtes populaires. Les hommes les plus forts rivalisaient d’imagination pour épater la galerie. Par exemple, NICOLAÏ VAKHTOUROV était capable de lancer d’une main un Kettlebell de 32 kg par-dessus un wagon des chemins de fer. Encore plus fort, GRIGORIY KASCHEEV, un géant des bords de la Volga, avait l’habitude de relier 12(!) Kettlebells de 32 kg avec une chaîne, les hisser sur ses épaules et se promener ainsi dans le marché. La liste et longue…

Grigory Kascheev

De là, il n’y avait qu’un pas pour que le Kettlebell fasse son apparition dans le monde du cirque. Depuis toujours, un Homme Fort faisait partie d’une troupe. Il soulevait et portait des objets les plus lourds, voire un cheval ou plusieurs hommes à la fois ; il supportait des poids encore plus énormes sur ses épaules ou sa poitrine ; il tordait des fers à cheval et brisait des chaînes. Et c’est tout naturellement qu’il a commencé à jongler les Kettlebells.

Encore aujourd’hui, dans la langue russe ce métier du cirque est appelé « jongleur de force » (силовой жонглёр). Le plus connu, Valentin Dikoul jonglait les Kettlebells de 75(!) kg. Il en a d’ailleurs fait une démonstration chez Michel Drucker il y a une vingtaine d’années.

Le XXème siècle et la naissance du mouvement sportif

Les jeux traditionnels des fêtes populaires, tout comme les pratiques sportives de la haute société, se sont ouverts au plus grand nombre, ont commencé à être organisés et codifiés jusqu’à la réapparition des Jeux Olympiques modernes grâce à Pierre de Coubertin.

En parallèle, avec l’affaiblissement de l’emprise de la morale religieuse sur les rapports des gens avec leurs corps, les idéaux antiques de la santé et de la beauté physiques gagnaient de plus en plus de terrain. La culture physique est sortie du cadre militaire pour devenir un loisir de choix pour les hommes et les femmes de la classe moyenne, chaque jour plus nombreux.

Les hommes forts du cirque ne sont pas restés au bord du chemin. Un nouveau « numéro » est vite devenu le « must » de toutes les représentations : les tournois de lutte gréco-romaine (en Russie on l’appelait « la lutte française »,  французская борьба). Les meilleurs lutteurs devenaient des idoles du public connus dans toute l’Europe et les Etats-Unis.

Pour être au top ils devaient sans cesse perfectionner leurs méthodes d’entraînement. Leurs fans les suivaient dans leurs pratiques. Et puisque deux sur trois de ces idoles étaient d’origine Russe et s’entraînaient avec des Kettlebells…

La culture physique en Russie

Celui qui a révolutionné la pratique athlétique en Russie et même en Europe était Docteur Vladislav Krayevsky (Владислав Францевич Краевский, 1841-1900). Il était le premier à rassembler les données anthropométriques et les résultats des athlètes, suivre leur évolution en fonction de leur pratique, élaborer pour eux les programmes d’entraînement.

Docteur V.Krayevsky

"Cabinet Athlétique" du Dr Krayevsky

Son « Cabinet Athlétique » à Saint-Pétersbourg a vu défiler plusieurs des plus grands noms de la lutte et de la culture physique de l’époque dont le « Lion Russe » Georg Gakkenschmidt (1878-1968).

Georg Gakkenschmidt

La date de la fondation de ce « Cabinet » (le 10 Août 1885) est considérée comme le jour de la naissance de l’haltérophilie russe. D’ailleurs, en russe l’haltérophilie s’appelle « athlétique lourde » (тяжёлая атлетика), terme inventé par Dr Krayevsky.

Il va sans dire que les Kettlebells tenaient une place de choix tant dans le « Cabinet » du Dr. Krayevsky que dans ses méthodes et ses programmes d’entraînement. Au début du XXème siècle les plus grands athlètes : Arthur Saxon, Eugene Sandow, Ivan Poddubny et simples amateurs de la culture physique en Europe et aux Etats-Unis connaissaient et s’entraînaient avec les Kettlebells.

Arthur Saxon

Ivan Poddubny

Les débuts de l’industrie du fitness

L’avenir semblait radieux… C’était sans compter avec la logique marchande qui a vite trouvé son chemin dans le monde du sport et du fitness. Thomas Inch (1881-1963) était un des athlètes les plus connus de la première moitié du XXème siècle, surtout pour son fameux haltère de 78 kg avec une poignée de plus de 6 cm d’épaisseur qu’il était seul à pouvoir lever au-dessus de la tête d’une seule main.

Ce qui est moins connu est qu’il était celui qui a introduit dans la pratique sportive les barres à disques de fonte qu’on utilise encore aujourd’hui mais également la vente des cours et de ces mêmes poids par correspondance. Il est dit qu’au sommet de sa gloire il avait une équipe de 70 vendeurs et 50 dactylos (eh oui, à l’époque il n’y avait de photocopieuses).

Naturellement, pour être rentable il se devait de privilégier les barres et les haltères à disques au détriment des Kettlebells. Tels étaient sa renommé et le succès de son affaire qu’en espace de 20 ans les Kettlebells sont presque disparus des salles de sport en Europe et aux Etats-Unis (la roue tourne : 70 ans plus tard les machines règnent dans les clubs de musculation, tandis que les barres et haltères sont relégués au fond des salles).

Ce n’était pourtant pas le cas en Russie. Coupée du reste du monde par la révolution bolchevique, la communauté athlétique russe a continué à utiliser les Kettlebells pour son plus grand bonheur.

La culture physique en URSS

La raison d’être de l’Union Soviétique était de « construire un monde nouveau ». Pour faire face à un tel défi il fallait être en forme. La culture physique, notamment la gymnastique avec Kettlebells avait tout le soutien de l’Etat. Autant dans la promotion des jeux populaires que dans les études scientifiques. La première étude sur les Kettlebells date de 1927.

Après la Deuxième Guerre Mondiale, la pratique des Kettlebells a pris une accélération supplémentaire. Toutes les unités de l’Armée Rouge ont été équipées avec des Kettlebells, toutes les salles de sport dans les clubs, les usines, les universités, mêmes les écoles.

Les premières compétitions officielles ont eu lieu en 1948. Plus de 200 000 participants y ont participé. Il a fallu attendre encore 38 ans (1985) pour voir le premier Championnat d’URSS officiel du GS (Гиревой Спорт, russe pour « Sport de Kettlebell »). En attendant, les Kettlebells étaient utilisés dans la préparation physique par les athlètes de quasiment toutes les disciplines.

Dans les années 50 les premiers athlètes soviétiques participent aux compétitions internationales – et gagnent!

Vassily Alexeev

En retard constant sur l’Occident dans le domaine pharmacologique, pour récolter des médailles ils ne pouvaient compter que sur leurs méthodes d’entraînement et de préparation physique. Et les Kettlebells tenaient – et tiennent toujours une place importante dans la préparation physique autant générale que spécifique dans la plupart des sports pratiqués en Russie.

L’effet bénéfique des exercices avec Kettlebells sur quasiment toutes les qualités athlétiques ne s’est jamais démenti. Il a bien au contraire été confirmé plusieurs fois par la science. Et pourtant, le reste du monde en est resté presque totalement ignorant jusqu’au Décembre 1998 quand Pavel Tsatsouline a publié dans le magazine américain « MILO » son article « Vodka, pickle juice, Kettlebell lifting, and other russian pastimes » (« Vodka, jus de cornichon, Kettlebells et d’autres passe-temps russes »).