Zanshin ou l’art de l’attention

by Alexey

in Force mentale

par James Clear

Zanshin : apprendre l’art de l’attention et de la concentration auprès d’un maître samurai légendaire.

Dans les années 1920, un Allemand du nom de Eugen Herrigel s’est installé au Japon. Peu après, il a commence son apprentissage du Kyudo, l’art japonais du tir à l’arc. Son professeur était un maître légendaire du Kyudo, Awa Kenzo. Kenzo était convaincu que les débutants devaient commencer par maîtriser les fondamentaux du tir à l’arc. Cela, avant même d’essayer de tirer sur de vraies cibles. Il a poussé cette méthode à l’extrême. Les quatre premières années, Herrigel n’était autorisé à tirer que sur des ballots de paille à pas plus de deux mètres de distance.

Quand il a enfin été autorisé à tirer sur des cibles à l’autre bout du hall d’entraînement, sa performance était pitoyable. Il était de plus en plus découragé au fur et à mesure que les flèches s’envolaient… et tapaient à côté.

Herrigel était convaincu que le problème était dans sa façon de viser. Pourtant, Kenzo lui a dit que c’est plutôt la façon dont on approchait son objectif qui déterminait le résultat. Frustré, Herrigel lui a lancé : « Alors vous pouvez sans doute toucher votre cible les yeux bandés ! »

Après une pause, Kenzo a répondu : « Reviens me voir ce soir ».

Zanshin : tir à l’arc les yeux bandé

A la nuit tombée, les deux hommes sont retournés dans la cour où ils pratiquaient dans la journée. Kenzo est allé se poster à l’endroit d’où Herrigel tirait ses flèches plus tôt. Les cibles demeuraient à l’autre bout de la cour, cachées dans l’obscurité. Le maître a pris sa position de tir, tendu la corde et puis, lâché sa première flèche dans la nuit. Plus tard, Herrigel écrira : « En entendant le bruit, j’ai compris que la flèche a touché la cible ».

Sans perdre une seconde, Kenzo en a pris une autre flèche et l’a lâchee dans la nuit après la première. Herrigel a traversé la cour en courant pour inspecter la cible. Dans son livre, « Le Zen dans l’Art du Tir à l’Arc », Herrigel a écrit : « En allumant la lumière, j’ai découvert avec stupéfaction que la première flèche s’était logée en plein milieu du cœur noir de la cible. La seconde, quant à elle, a fendu la première sur presque toute la longueur avant de se loger dans la cible juste à côté ».

Zanshin - l'art du tir à l'arc

Zanshin : tout est « viser »

Les grands maîtres du tir à l’arc disent souvent que tout est « viser ».  Où on place ses pieds, comment on tient son arc, la façon dont on respire au moment de lâcher la flèche : tout détermine le résultat final.

Dans le cas de Awa Kenzo, le maître archer était si concentré sur le processus censé aboutir à un tir parfait qu’il était capable de reproduire la séquence exacte des mouvements « internes » sans même voir la cible « externe ». Cette conscience totale du corps et de l’esprit en rapport avec l’objectif est connue sous le nom de zanshin.

Zanshin est un terme commun dans les arts martiaux japonais. On l’utilise pour décrire un état de « vigilance relaxée ». Traduit littéralement, zanshin veut dire « l’esprit sans les restes ». En d’autres mots, l’esprit complètement focalisé sur l’action et fixé sur la tâche en cours.

Zanshin, c’est être constamment conscient de son corps, de son esprit et de son environnement, mais sans stresser. Une vigilance, oui, mais sans effort.

Dans la vie de tous les jours, zanchin a une signification encore plus profonde. C’est choisir de vivre sa vie intentionnellement, puis agir en pleine conscience, plutôt que de se soumettre passivement à tout ce qui nous tombe sur la tête.

L’ennemi de l’amélioration

Au Japon, il y a un proverbe très connu qui dit: « Après la bataille, ajuste bien ton casque ». Autrement dit, la bataille ne se termine pas quand on triomphe de ses ennemis. La bataille se termine seulement quand on devient paresseux, quand on perd son sens de l’engagement et quand on arrête de faire attention. C’est aussi ça, zanshin : le fait de maintenir cet état de pleine conscience même quand le but a déjà été atteint.

Nous pouvons transposer cette philosophie dans n’importe quel domaine de notre vie :

  • Écriture: La bataille ne se termine pas quand vous avez publié un livre, mais quand vous vous considérez comme « produit fini », quand vous perdez la vigilance nécessaire pour continuer à progresser dans votre métier.
  • Culture physique : La bataille ne se termine pas quand vous établissez votre nouveau record personnel, mais quand vous perdez votre concentration et zappez des séances d’entraînement ou quand vous perdez la vision à long terme et finissez dans un état de surentraînement.
  • Entrepreneuriat : La bataille ne se termine pas quand vous faites une grosse vente, mais quand vous devenez complaisant avec vous-même et trop sûr de vos capacités.

L’ennemi de l’amélioration n’est ni le succès, ni l’échec. C’est plutôt l’ennui, la fatigue et le manque de concentration. L’ennemi est le manque d’engagement dans le processus du perfectionnement. Ce processus est essentiel.

Zanshin : l'idéogramme japonais

L’art de Zanshin dans la vie quotidienne

« On devrait approcher toutes les activités et toutes les situations avec la même sincérité, la même intensité et la même conscience que l’on a avec un arc et une flèche dans les mains ». –Kenneth Kushner, « Une flèche, une vie ».

Nous vivons dans un monde obsédé par le résultat. Comme Herrigel, nous avons tendance à mettre trop d’accent sur le fait de toucher la cible avec la flèche. Pourtant, si on mettait cette intensité et cette concentration dans le placement des pieds, la tenue de l’arc, la respiration au moment de lâcher la flèche, alors toucher la cible serait un effet secondaire.

L’idée est de ne pas stresser de toucher la cible à chaque fois. Il faut tomber amoureux de « l’ennui » du travail du perfectionnement et ensuite, de s’engager pleinement dans chaque étape de ce processus. Prendre ce moment de zanshin, de conscience totale, puis le porter avec soi partout dans la vie quotidienne.

Ce n’est pas la cible qui importe. Ce n’est pas l’objectif final. C’est la façon d’approcher cet objectif. Tout est « viser ». Zanshin.

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