biomécanique

On entend souvent dire que « le mouvement, c’est la vie ». Oui et non. A y réfléchir, on peut voir dans la nature assez d’exemples de vie sans mouvement (coraux) ou de mouvement sans la vie (la Lune ne tourne-t-elle pas autour de la Terre ?).

En tous cas, nous les humains avons évolués au cours des millions d’années dans le mouvement. On cédait et s’adaptait quand la Mère Nature, autrement plus sévère avec nos ancêtres, nous mettait trop la pression ; on s’épanouissait quand elle nous laissait un peu de répit (ce n’était pas souvent).

En règle générale, ceux qui survivaient assez longtemps pour se reproduire, c’étaient les plus efficaces. Parfois les plus malins, parfois les plus agressifs, parfois les plus séducteurs (et oui, ça aussi, c’est de la survie, en tous cas, génétique, de la lignée), souvent les plus fort : les plus capables d’encaisser des coups et fonctionner quand même.

Pensez à toutes les incendies de forêt, les inondations, les attaques de bêtes sauvages, et mesurez le challenge. Oui, ce sont les plus forts qui ont survécu et nous ont transmis leurs gènes.

Nos corps sont des « bijoux technologiques » de la biomécanique. Ils sont faits pour :

  • marcher pendant des jours dans les forêts et les montagnes, souvent en portant des charges lourdes et difficile à saisir
  • piquer des sprints arme à la main,
  • grimper dans les arbres et sur des rochers,
  • traverser à la nage des rivières en crue…

Soit, exactement, les choses que l’on n’a plus l’occasion, l’envie, la volonté de faire.

Pour combien d’entre nous le quotidien se résume (de point de vue de notre corps) au trio « canapé – siège de voiture – fauteuil de bureau» ? Ne seraient-ce pas les mêmes qui souffrent du surpoids, du mal de dos, qui sont souvent victimes des accidents domestiques ?

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Notre corps n’est pas fait pour le mode de vie sédentaire ! Il souffre quand on le lui impose. Les maux que je viens de citer sont sa réaction, son cri d’alarme.

Certes, parfois on l’entend. Après tout, l’industrie du fitness est bien là pour nous rabâcher les oreilles avec la « forme ». Les yeux pleins d’images de créatures de rêve (plutôt à la plage en petite tenue que dans la neige face à un ours ; ne serait-ce pas la survie génétique qui tiendrait ici les commandes ?) on trouve sa motivation et, avec le feu vert de notre médecin (pour les plus sensés d’entre nous) on franchit la porte d’un club…

…Où des coachs, souvent pleins de bonne volonté tout à fait sincère, nous font monter sur des machines (qui nous imposent des trajectoires, amplitudes, vitesses prédéfinies) pour nous « conditionner », nous mettent des poids de Barbie dans les mains pour nous « renforcer », nous explosent les tympans pour nous faire bouger aux rythmes « ensoleillés » en imitant tant bien que (plus souvent) mal les mouvements de danses exotiques…

Serais-je le seul à y voir une insulte à tous nos ancêtres ? Ceux-là mêmes qui ont surmonté des épreuves extrêmes pour nous transmettre nos gènes, notre corps ?

Bon, tant pis. Retournons à la civilisation. Le problème, en réalité, est tout autre. Avec le mode de vie que nous menons, nos corps oublient « la bonne façon de bouger ». Encore mieux que dans les clubs de fitness ça se voit dehors, dans les parcs et sur les boulevards.

Oui, je veux parler des adeptes de la course à pied. Quoi de plus naturel comme activité physique ! A tel point que ça ne nécessite aucun apprentissage. Achète juste des bonnes chaussures et en avant !

Vraiment ? La prochaine fois que vous êtes dans un parc, prenez cinq minutes, asseyez-vous sur un banc et observez. Sur dix joggeurs combien vous donneront la sensation sinon de légèreté, au moins du naturel ? Combien d’entre eux vous entendrez venir de loin, tel un troupeau d’éléphants, le souffle « locomotif » en plus (on dit souvent que « le bon coureur, on ne l’entend pas courir » ? Et vous remarquerez que ce n’est une question ni de vitesse, ni de qualité de chaussures).

Je passe presque tous les jours par un endroit très prisé des adeptes de la course à pied. Je me souviens encore aujourd’hui d’une jeune joggeuse que j’y ai croisée au mois de Mars dernier. Dans les 25 ans, assez grande, juste quelques kilos en trop…

Elle n’arrivait pas à se tenir droit, elle avait toujours un angle de 15-20° au niveau des hanches. Alors pour contrer l’inévitable sensation de tomber vers l’avant elle tirait la tête en arrière en s’infligeant une hyper extension du cou. Et comme les muscles de son cou n’étaient pas assez forts pour tenir la tête dans cette position, elle haussait les épaules. Avec ça, elle retombait à chaque pas comme si elle voulait laisser une empreinte dans le bitume. Tout en vrillant les hanches.

Était-ce pour elle la bonne idée d’aller courir ? D’après la description que je viens de vous faire (en tout point fidèle) ne pensez-vous pas qu’elle se faisait plus de mal que du bien et qu’elle n’allait pas tenir comme ça longtemps (je l’ai d’ailleurs jamais revue) ? Ne serait-ce pas pour elle une meilleure idée d’apprendre d’abord à courir correctement ?

C’est là qu’on voit bien ce gros problème, celui qui fait qu’on se laisse détruire par ce qui est censé nous rendre meilleure. Notre corps « oublie » le mouvement correct. Ses réserves structurelles lui permettent de faire face aux challenges qu’on lui impose en voulant « se remettre en forme ». Mais seulement jusqu’à une certaine limite, au-delà de laquelle ça ne passe plus, ça casse.

Que faire ?

C’est justement la question que s’est posée il y a maintenant plus de vingt ans un Américain de nom de Gray Cook. En bon professionnel de la préparation physique avec des bases solides en médecine du sport, kinésithérapie et ostéopathie, il utilisait déjà, tout comme les meilleurs de ses collègues, des différents tests pour situer ses clients/élèves et traquer leur progrès.

GrayCook-LongBeach2013

Mais Gray n’était pas satisfait. Il s’agissait le plus souvent des tests soit médicaux (censé trouver une pathologie ou prouver son absence), soit de force (qui mesurent la performance de l’athlète dans tel ou tel mouvement général ou bien, la force d’un muscle particulier dans un mouvement isolé), ou encore des tests de mouvements spécifiques à telle ou telle discipline sportive (pensez au tennis ou au golf).

Il manquait une base commune, un standard qui devrait s’appliquer à tous et mesurer non pas la « quantité » du mouvement (performance en terme de poids déplacé, vitesse etc.) mais la « qualité ». La prise de conscience de ce manque par Gray Cook a été le point de départ de ce qui est devenu aujourd’hui FMS (Systèmes du Mouvement Fonctionnel).

2ème partie à suivre…