Système StrongFirst : le passé et le présent

Système StrongFirst : les origines

De manière générale, les origines du système « StrongFirst » peuvent être tracées jusqu’à la deuxième moitié du 19ème siècle.

C’est à cette époque que Dr V. F.Krayevskiy a fait un tour d’Europe pour visiter les cercles d’amateurs de culture physique. Son but était de rencontrer les grands athlètes, rassembler leurs données anthropométriques, s’informer sur leurs méthodes d’entraînement. Le 10 Août 1885, après avoir compilé et analysé ces données, il a ouvert à Saint-Pétersbourg son Cabinet Athlétique.

Système StrongFirst - "Cabinet Athlétique" du Dr. Krayevsky

Ce lieu était plus qu’une simple salle de sport. C’était surtout un des tout premiers laboratoires de recherche sur les méthodes de renforcement musculaire et de préparation physique. Bien entendu, les Kettlebells, déjà largement utilisés en Russie, y tenaient le haut du pavé.

Système StrongFirst et le combat corps à corps de l’Armée soviétique

Jusque dans le milieu des années 70, le combat corps à corps de l’Armée Rouge était basé sur le SAMBO. Ce système a été mis au point dans les années 1920 à partir des différentes formes de luttes et de combats traditionnelles. Quoique efficace, le SAMBO avait un « défaut » important du point de vue militaire, puisque son enseignement était très individuel. C’est en partie pour cette raison que le commandement a décidé d’incorporer dans la préparation de certaines unités d’élite les éléments du Karaté japonais.

Les techniques ont été retravaillées avec accent sur la simplicité et la dureté. Les katas ont été rebaptisés « complexes » et adaptés au matériel militaire (de l’AK-47 à une pelle de sapeur). Ils sont devenus un outil de choix pour renforcer la cohésion des unités. Le « kiaï » d’un régiment parachutiste qui fait un « complexe » s’entend de loin et ne s’oublie jamais.

Histoire du système StrongFirst - combat corps à corps dans l'armée soviétique

Système StrongFirst et préparation physique militaire

A la même époque, la Direction des Sports des Forces Armées s’est vue confier la tâche de créer un nouveau système de préparation physique. Ce système devait ressembler dans l’esprit au nouveau combat corps à corps.

Il devait aussi répondre aux mêmes critères que toutes les matières militaires de base. Être simple, mais pas simpliste, et rapide à enseigner . Il devait aussi avoir un « rendement » maximum, puisque les soldats ne peuvent pas passer trois heures par jour dans une salle de musculation. Et comme le nouveau combat corps à corps, ce système devait être « dur » pour renforcer le mental autant que le physique.

Tout naturellement, le Kettlebell est devenu l’outil de choix pour le nouveau système. Compact, versatile, indestructible… Et puis, il équipait déjà toutes les casernes de la frontière norvégienne à celle de la Corée du Nord. Chaque dortoir avait son « coin de courage » où trônait ce symbole de santé physique venu du fond des âges.

La naissance du système StrongFirst

C’est ce système que Pavel Tsatsouline a enseigné aux Forces Spéciales soviétiques. Il y est passé quelques années après avoir obtenu son diplôme universitaire en sciences des sports. Et c’est ce système qu’il a introduit aux Etats-Unis à la fin des années 1990.

Pendant dix ans, Pavel a fait grandir son projet au sein de sa première organisation, le RKC. Puis, en 2012, entouré d’une équipe hautement qualifiée, il a fondé l’école StrongFirst.

Pavel Tsatsouline, fondateur de l'école StrongFirst

Le « domaine de compétences » du système StrongFirst est la préparation physique générale à travers le renforcement des mouvements les plus basiques du corps humain. Elle s’adresse autant à des sportifs qu’à des pratiquants dont le « sport » est la vie quotidienne . Ce n’est pas qu’une simple liste de mouvements ou un programme taillé dans la pierre, mais un ensemble à trois dimensions : exercices, méthodes et concepts.

Système StrongFirst : exercices

Pour la plupart, les exercices du système StrongFirst sont des grands classiques. Mais nous continuons à affiner leur technique pour les rendre encore plus efficaces. Tout en respectant le corps humain et avec un souci constant de son intégrité.

La renommé du système StrongFirst vient surtout des exercices avec Kettlebells. Mais les exercices avec une barre olympique y ont aussi leur place tout comme les exercices avec le poids du corps.

Tout ces exercices sont pluriarticulaires (impliquent le mouvement autour de plus d’une articulation). Ils sont conçus pour engager l’ensemble du corps et ainsi, développer la synergie corporelle. C’est ce qui rend notre système si précieux pour la préparation physique générale dans disciplines sportives très différentes.

Système StrongFirst : méthodes

Il s’agît des résultats des dizaines d’années de recherches russes et soviétiques en :

  • physiologie de l’exercice
  • biomécanique
  • neurologie
  • méthodologie d’entraînement.

Ils se cristallisent en programmes et méthodes de leur conception. Nous continuons à tester et améliorer ces méthodes, puis nous les communiquons aux pratiquants quasiment « en temps réel ». Quant aux programmes, comme beaucoup de choses « venues du froid » (AK-47 !), ils sont plutôt simples. Cela les rend plus « robustes », mais aussi plus adaptables aux différents niveaux des pratiquants.

Système StrongFirst : concepts

Il s’agît des particularités dans l’exécution des exercices qui conditionnent l’effet recherché et augmentent le rendement.

Le principal concept du système StrongFirst est le fait de considérer le corps humain comme un « tout ». Ce n’est pas une « collection » d’éléments « isolables ». Le corps tout entier exécute chaque mouvement. Chacune de ses différentes parties apporte sa contribution de manière appropriée.

L’article « StrongFirst : école de force » aborde plus en détails les principaux concepts de notre système.

Power to you !

Histoire du KettleBell

Il existe plusieurs théories sur l’histoire du Kettlebell, sur ses origines. Nous vous proposons celle qui nous paraît la plus crédible. Selon elle, le Kettlebell tire sa forme et sa matière des boulets de canon.

Histoire du Kettlebell : origines militaires

En effet, à partir du XVème siècle, l’artillerie s’est fortement développée en Europe, mais surtout en Russie. D’ailleurs, l’armée russe était la première au monde où l’artillerie est devenue une arme à part entière. C’était l’époque d’Ivan Le Terrible…

Histoire du Kettlebell : le "Tsar des Canons"
Le « Tsar des Canons » exposé au Kremlin, Moscou

Les responsables militaires ont vite compris la nécessité de standardiser la production des canons selon un nombre restreint de calibres. A partir de là, seules les ateliers agréés ont fabriqué des boulets, uniquement dans les tailles déterminées.

Qui dit la même forme, la même taille et la même matière (la fonte), dit le même poids. Il n’en fallut pas plus pour que les marchands commencent à utiliser ces boulets pour peser les matières en vrac sur les grands balanciers.

Au fil du temps, pour faciliter la manipulation, on y a rajouté une poignée. Souvent, c’était un anneau passant dans un œillet, mais aussi une anse. Ce qui a donné le Kettlebell que nous connaissons. D’ailleurs, le mot Guirya (Гиря, russe pour Kettlebell) désigne encore aujourd’hui l’outil sportif, mais également le poids utilisé pour peser ou calibrer les balances, sans distinction.

Les vieux Kettlebells
Les vieux « giryas » pour peser les marchandises

Mais qu’est-ce qu’un marché si ce n’est un grand rassemblement d’hommes ? Ces hommes qui ne peuvent s’empêcher de se lancer des défis et de comparer leurs prouesses physiques ? Le Kettlebell, un objet compact et lourd, convenait parfaitement pour devenir un étalon de mesure de la force.

Histoire du Kettlebell : les fêtes populaires

Très vite, le Kettlebell est devenu incontournable lors des fêtes populaires. Les hommes les plus forts rivalisaient d’imagination pour épater la galerie. Par exemple, Nicolaï Vakhtourov était capable de lancer d’une main un Kettlebell de 32 kg par-dessus un wagon des chemins de fer. Encore plus fort, Grigory Kascheev, un géant des bords de la Volga, avait l’habitude de relier 12(!) Kettlebells de 32 kg avec une chaîne. Ensuite, il hissait ce « collier » sur ses épaules, puis se promenait dans le marché. La liste et longue…

Histoire du Kettlebell : Grigory Kascheev
Grigory Kascheev

De là, il n’y avait qu’un pas pour que le Kettlebell fasse son apparition dans le monde du cirque. Depuis toujours, un Homme Fort faisait partie d’une troupe. Il soulevait et portait des objets lourds, mais aussi des animaux ou des hommes.  Il tordait des fers à cheval et brisait des chaînes. Et c’est tout naturellement qu’il a commencé à jongler les Kettlebells.

Encore aujourd’hui, dans la langue russe ce métier du cirque est appelé « jongleur de force » (силовой жонглёр). Le plus connu, Valentin Dikoul jonglait les Kettlebells de 75(!) kg. Il en a d’ailleurs fait une démonstration à la télé française il y a une vingtaine d’années.

Le XXème siècle et la naissance du mouvement sportif

A la fin du XIX siècle, les pratiques sportives de la haute société ont rejoint les jeux traditionnels populaires pour s’ouvrir au plus grand nombre. Des instances officielles ont commencé à les codifier, puis les transformer en disciplines sportives. Cela a conduit à l’apparition des Jeux Olympiques modernes.

En parallèle, l’emprise de la morale religieuse sur les rapports des gens avec leurs corps a connu un fort affaiblissement. Les idéaux antiques de la santé et de la beauté physiques ont vite gagné du terrain. La culture physique a quitté le cadre strictement militaire pour devenir un loisir de choix pour les citadins, chaque jour plus nombreux.

Les hommes forts du cirque ont suivi le mouvement. Les tournois de la lutte gréco-romaine ont pris la place centrale dans les représentations.  Fait intéressant : en Russie, on l’appelait « la lutte française » (французская борьба). Les meilleurs lutteurs devenaient des idoles du public connus dans toute l’Europe et les Etats-Unis.

Mais pour être au top, ils devaient sans cesse perfectionner leurs méthodes d’entraînement. Leurs fans les suivaient dans leurs pratiques. Et puisque deux sur trois de ces idoles étaient d’origine Russe et s’entraînaient avec des Kettlebells…

La culture physique en Russie

Peu de gens aujourd’hui connaissent le nom du Docteur Vladislav Krayevsky (Владислав Францевич Краевский, 1841-1900). Pourtant, c’est lui qui a révolutionné la pratique athlétique en Russie et même en Europe. Il était le premier à rassembler les données anthropométriques des athlètes, puis suivre leurs résultats et leur évolution en fonction de leurs pratiques. Ensuite, il élaborait pour eux les programmes d’entraînement les plus appropriés.

Histoire du Kettlebell : le Docteur Krayevsky
Le Docteur Vladislav Krayevsky
"Cabinet Athlétique" du Dr Krayevsky
« Cabinet Athlétique » du Dr Krayevsky

Son « Cabinet Athlétique » à Saint-Pétersbourg a vu défiler plusieurs des plus grands noms de la lutte et de la culture physique de l’époque. Par exemple, le « Lion Russe » Georg Hackenschmidt (1878-1968).

Histoire du Kettlebell : Georg Hackenschmidt
Le « Lion Russe » Georg Hackenschmidt

L’haltérophilie russe considère la date de la fondation de ce « Cabinet » (le 10 Août 1885) comme sa date de naissance. D’ailleurs, en russe, l’haltérophilie s’appelle « athlétique lourde » (тяжёлая атлетика), terme inventé par le Dr Krayevsky.

Il va sans dire que les Kettlebells tenaient une place de choix dans le « Cabinet » du Dr. Krayevsky, dans ses méthodes et ses programmes d’entraînement. Au début du XXème siècle, les plus grands athlètes : Arthur Saxon, Eugene Sandow, Ivan Poddubny, mais aussi de simples amateurs s’entraînaient avec les Kettlebells.

Histoire du Kettlebell : Arthur Saxon
Arthur Saxon
Histoire du Kettlebell : Ivan Poddubny
Ivan Poddubny

Les débuts de l’industrie du fitness

L’avenir semblait radieux… C’était sans compter avec la logique marchande qui a vite trouvé son chemin dans le monde du sport et du fitness. Thomas Inch (1881-1963) était un des athlètes les plus connus de la première moitié du XXème siècle, surtout pour son fameux haltère de 78 kg avec une poignée de plus de 6 cm d’épaisseur qu’il était seul à pouvoir lever au-dessus de la tête d’une seule main.

Ce qui est moins connu est qu’il était celui qui a introduit dans la pratique sportive les barres à disques de fonte qu’on utilise encore aujourd’hui mais également la vente des cours et de ces mêmes poids par correspondance. Il est dit qu’au sommet de sa gloire il avait une équipe de 70 vendeurs et 50 dactylos (eh oui, à l’époque il n’y avait de photocopieuses).

Naturellement, pour être rentable il se devait de privilégier les barres et les haltères à disques au détriment des Kettlebells. Tels étaient sa renommé et le succès de son affaire qu’en espace de 20 ans les Kettlebells sont presque disparus des salles de sport en Europe et aux Etats-Unis (la roue tourne : 70 ans plus tard les machines règnent dans les clubs de musculation, tandis que les barres et haltères sont relégués au fond des salles).

Ce n’était pourtant pas le cas en Russie. Coupée du reste du monde par la révolution bolchevique, la communauté athlétique russe a continué à utiliser les Kettlebells pour son plus grand bonheur.

La culture physique en URSS

La raison d’être de l’Union Soviétique était de « construire un monde nouveau ». Pour faire face à un tel défi il fallait être en forme. La culture physique, notamment la gymnastique avec Kettlebells avait tout le soutien de l’Etat. Autant dans la promotion des jeux populaires que dans les études scientifiques. La première étude sur les Kettlebells date de 1927.

Après la Deuxième Guerre Mondiale, la pratique des Kettlebells a pris une accélération supplémentaire. Toutes les unités de l’Armée Rouge ont été équipées avec des Kettlebells, toutes les salles de sport dans les clubs, les usines, les universités, mêmes les écoles.

Les premières compétitions officielles ont eu lieu en 1948. Plus de 200 000 participants y ont participé. Il a fallu attendre encore 38 ans (1985) pour voir le premier Championnat d’URSS officiel du GS (Гиревой Спорт, russe pour « Sport de Kettlebell »). En attendant, les Kettlebells étaient utilisés dans la préparation physique par les athlètes de quasiment toutes les disciplines.

Dans les années 50 les premiers athlètes soviétiques participent aux compétitions internationales – et gagnent!

Vassily Alexeev
La légénde de l’haltérophilie soviétique, Vassily Alexeev

En retard constant sur l’Occident dans le domaine pharmacologique, pour récolter des médailles ils ne pouvaient compter que sur leurs méthodes d’entraînement et de préparation physique. Et les Kettlebells tenaient – et tiennent toujours une place importante dans la préparation physique autant générale que spécifique dans la plupart des sports pratiqués en Russie.

L’effet bénéfique des exercices avec Kettlebells sur quasiment toutes les qualités athlétiques ne s’est jamais démenti. Il a bien au contraire été confirmé plusieurs fois par la science. Et pourtant, le reste du monde en est resté presque totalement ignorant jusqu’au Décembre 1998 quand Pavel Tsatsouline a publié dans le magazine américain « MILO » son article « Vodka, pickle juice, Kettlebell lifting, and other russian pastimes » (« Vodka, jus de cornichon, Kettlebells et d’autres passe-temps russes »).